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Société Calédonienne d'Ornithologie

Economies d’énergie et protection de la biodiversité : de Earth Hour à l'opération SOS pétrels 2012

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Les pétrels et les puffins, oiseaux pélagiques par excellence, appartiennent à la famille des Procellariidae. Parmi les 87 espèces actuellement recensées dans le monde (en excluant les prions et sachant que la taxonomie évolue), cinq pétrels et un puffin nichent en Nouvelle-Calédonie : le Pétrel de Tahiti Pseudobulweria rostrata (UICN : NT), le P hérault Pterodroma heraldica , le P de Gould  Pterodroma leucoptera (UICN : VU), le P à ailes noires Pterodroma nigripennis et le Puffin fouquet Puffinus pacificus (appelé aussi Puffin du Pacifique). Ce puffin forme de grandes colonies sur les îlots du lagon, qu’il anime bruyamment de ses chants plaintifs durant la saison chaude. On nomme d’ailleurs ce puffin « pétrel » sur le caillou. Les autres espèces, les « vrais » pétrels, sont moins connus du public car ils sont beaucoup moins nombreux et souvent bien plus discrets. Le P à ailes noires niche sur quelques îlots du lagon, tandis que le P hérault ne niche que sur l’île Hunter. Les pétrels de Gould et de Tahiti nichent dans les massifs miniers de la chaine centrale à travers la Grande Terre, ainsi pour le P de Tahiti que sur certains îlots rocheux du lagon, en particulier ceux similaires aux massifs miniers.

La Calédonie est un territoire important pour la conservation de ces espèces : avec plus d’un demi-million de terriers répertoriés sur les îlots, le lagon abrite plus de 10% des effectifs mondiaux de Puffin fouquet. Les populations calédoniennes du Pétrel de Gould et du Pétrel de Tahiti sont les plus importantes connues actuellement, comprenant plusieurs milliers d’individus, de l’ordre de 5000 à 10 000 pour chaque espèce. Le caillou est donc une véritable « population source » pour ces deux oiseaux menacés : largement plus de la moitié des effectifs mondiaux actuellement connus, et peut être même plus des deux tiers…

L’espace maritime de la Nouvelle-Calédonie, son lagon et ses îlots, ses atolls et  îles éloignées, constitue une zone clef pour l’alimentation et la reproduction de plusieurs centaines de milliers de puffins et de pétrels. Si nous ne naviguons pas beaucoup, il y a un seul moment durant lequel nous pouvons les rencontrer le long de nos côtes : la période de reproduction. Ces oiseaux marins ont la particularité de nicher dans des terriers, creusés dans le sable, ou utilisant des anfractuosités entre des blocs rocheux ou de grosses racines, sur les  îlots ou dans la chaîne centrale de la Grande Terre. Ils sont très sensibles aux prédateurs terrestres introduits, présents par milliers à travers la Nouvelle-Calédonie : chats, chiens errants, rats (par dizaines de milliers !), cochons. Sur les îlots et îles éloignées, les dérangements humains, et parfois la destruction volontaire des terriers et des puffins, s’ajoutent à l’introduction des rats ou encore aux chiens qui divaguent. Pour les pétrels nichant dans la chaîne, P de Gould et P de Tahiti, l’autre menace majeure est la destruction de l’habitat de reproduction par l’exploitation minière et les feux de brousse.

mine poum

Enfin, la pollution des océans et la surpêche industrielle sont de fortes pressions globales s’exerçant sur les zones marines d’alimentation. La liste est donc impressionnante des pressions qui s’exercent sur l’intégralité de la population de ces espèces.

Mais ce n’est pas tout. Une menace plus localisée, plus inattendue aussi, mais néanmoins destructrice, vient achever le parcours du combattant des pétrels et puffins dans leur vol au sein d’un monde dominé par les activités humaines : la pollution lumineuse.

pollution lumineuse goro[1]Poll lumineuse port noumea

 

Lors de leur retour à terre depuis la mer, ou encore suite au premier envol de poussins encore inexpérimentés, ces oiseaux se cognent contre les lumières des éclairages publics, des chantiers et navires miniers et même parfois des maisons ou des voitures. Curiosité naturelle ? Sensibilité à la lumière liée à une alimentation composée en partie d’organismes marins émettant de la lumière (bio luminescence), qu’il faut capturer la nuit lorsqu’ils remontent vers la surface ? Les causes ne sont pas clairement établies mais les faits sont là : de par leur biologie d’oiseaux aussi bien diurnes que nocturnes, les pétrels et puffins sont naturellement attiré par les lumières électriques, et s’échouent régulièrement dessus.  Une aile cassée, un choc violent à la tête, et c’est la mort à plus ou moins court terme. Un marin qui ne reprendra plus la mer. L’accident est souvent favorisé par une météo maussade et pluvieuse qui perturbe l’orientation des oiseaux. C’est une menace certes inférieure aux grandes pressions globales mais contre laquelle chacun et chacune d’entre nous peut agir au quotidien. Depuis plusieurs semaines dans la région de Nouméa/Tontouta, les pétrels de Gould commencent à s’échouer au sol. Entre les conditions climatiques et les pollutions lumineuses, ils vont avoir fort à faire. Par conséquent, la SCO relance durant le prochain trimestre des actions de communication envers le grand public, les vétérinaires, les collectivités et les acteurs socioprofessionnels. Cela a débuté samedi dernier, lors de l'évènement planétaire, Earth Hour, organisé par le WWF pour promouvoir les économies d’énergie et la lutte contre le réchauffement climatique. La SCO est intervenue afin de sensibiliser aux pollutions lumineuses urbaines et industrielles, qui représentent tout à la fois un gâchis énergétique et une menace pour la biodiversité par leur impact sur ces oiseaux marins. Puis cela se poursuit lors de diverses réunions d'information tous publics des prochaines semaines.

Pour en savoir plus sur « SOS pétrels », vous êtes invités à la causerie du Parc zoologique et forestier le mardi 10 avril 2012 à 17h30 puis à la réunion d’information des bénévoles, actuels et futurs, le lundi 16 avril dans les locaux de la SCO – Résidences Magenta – Bâtiment P2 – 41 rue du 18 juin – 98803 Nouméa Cedex Tél/ Fax : 23.33.42. N’hésitez pas à nous contacter si vous trouvez un oiseau blessé (mettez le au calme dans un carton). Et n’oubliez pas de fermer les lumières extérieures la nuit, d’autant plus si vous habitez près de la mer. Un geste simple, une économie d’énergie (et d’argent) doublée d’une action bénéfique pour la biodiversité. Pourquoi s’en priver ?  

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