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Société Calédonienne d'Ornithologie

Des cagous près de chez vous ?

A partir d'août – septembre, nos emblématiques cagous se montrent moins discrets. Stimulés par l'allongement des jours et les hormones, ils se laissent aller plus volontiers à leurs très expressives cantates matinales. La période est donc idéale pour repérer facilement à l'oreille notre cagou, celui de nos oiseaux qui aboie (cliquez ici pour écouter le chant du cagou), aussi démonstratif aux premières lueurs du jour qu'il est discret, voire fantomatique, le reste du temps.

A la SCO, ce premier week-end de septembre  marque donc le lancement de la nouvelle saison de campagnes matinales d'écoutes humaines collectives destinées à identifier les zones de présence des cagous. Ces opérations seront renouvelées jusqu'au mois d'avril qui marque approximativement la fin de la période de reproduction et le retour des cagous à un silence relatif.

Un projet à l'échelle du pays reposant sur la mobilisation citoyenne.

Initié depuis 2015 par la SCO dans le cadre des objectifs du PASC, le projet de définition de l'aire de répartition des cagous sur le pays vise à cartographier les zones où les cagous sont -encore- présents en Nouvelle-Calédonie et à étudier la connectivité entre leurs territoires. Cela  nécessite de collecter des témoignages (Vous avez vu ou entendu un cagou ? cliquez ici pour enregistrer votre témoignage) et de prospecter la Grande Terre de fond en comble pour localiser les zones où vivent les cagous. L'oiseau est territorial et ne vole pas, mais il peut être très discret. Aussi, le plus simple pour le détecter, c'est de l'écouter.

Ce vaste projet repose essentiellement sur la mobilisation citoyenne et la participation de bénévoles.

Les plus sportifs d'entre eux vont déposer dans les vallées les plus reculées, hostiles et inaccessibles de la chaîne centrale des enregistreurs automatiques qu'ils retournent récupérer plusieurs jours plus tard. D'autres volontaires formés prennent ensuite le relai pour écouter les enregistrements à la recherche des aboiements caractéristiques des cagous permettant de confirmer avec certitude leur présence sur la zone étudiée.

En complément de ces prospections musclées, des campagnes d'écoutes matinales collectives ont été mises en place depuis le début de l'année 2016. Ces campagnes, accessibles à tous, permettent au plus grand nombre de participer au projet, y compris en famille. Elles rassemblent les membres de la SCO et les populations locales qui y prennent part, favorisant les rencontres, l’échange, la circulation et l’appropriation des messages de sensibilisation. Ces sessions d'écoutes sont conviviales mais encadrées par un protocole simple mais rigoureux et consistent pour les bénévoles participants, à se répartir au petit matin, une heure avant le lever du jour, le long des routes, chemins et sentiers de la zone à prospecter, sur des points d'écoute prédéfinis, pour tendre l'oreille, simultanément, pendant deux heures. 

Les routes fragmentent les habitats naturels et les fragilisent en favorisant la propagation des espèces exotiques animales et végétales, des prédateurs, les départs de feu et autres ravages liées à l'homme. Les routes parcourent les zones d'interface entre les espaces anthropisés (zones d'habitat, de cultures, d’élevage, …) et les périphéries du milieu sauvage, ces zones au contact direct de l'activité humaine, les plus exposées aux menaces qui lui sont liées. Parcourir les routes à la recherche de cagous permet de collecter rapidement, sur de grandes distances et de vastes surfaces, des données opportunistes de présence  de l'espèce dans les zones où elle subit les plus fortes pressions et donc d'apprécier comment le cagou réagit à la proximité des hommes.

Des premiers résultats étonnants.

Car les cagous ne vivent pas qu’au milieu des forêts les plus denses, les mieux conservées et les plus isolées. En fait, l’espèce sait se montrer adaptable. C’est ce  que semblent mettre en évidence les résultats des premières écoutes collectives réalisées qui ont révélé la présence de cagous dans des lieu parfois surprenant, au plus près de villages, de tribus, sur les propriétés ou dans des zones de savane à niaoulis. Ces observations suggèrent que l’espèce sait tirer parti des conditions, parfois indirectement, rendues favorables à son maintien près des hommes. Ainsi, la présence de cordons forestiers dans les talwegs ou le long des cours d’eau semblent constituer des corridors non négligeables pour la dispersion et le maintien des populations de cagous, ou encore, dans les zones agricoles, la régulation, souvent à la poudre noire et au détriment des bonnes relations de voisinage, des chiens ensauvagés ou errants (parfaitement identifiés par ailleurs par les riverains comme les pires prédateurs de cagous), amateurs de volailles de poulailler ou de bétail profite directement à nos vulnérables cagous. Ces localités offrent l’agréable surprise et le spectacle surréaliste, dans l’aube naissant, du jappement caractéristique d’un cagou jaillissant au milieu d’une joyeuse cacophonie de cris et de chants de coqs, d’oies, de paons, de dindons et même d’aboiements et hurlements de chiens (manifestement tolérants et accoutumés aux plumes ceux-ci) mêlés aux chants mélodieux des méliphages et autres miros.

Ces observations auditives de cagous au plus proche de zones d’occupation humaines sont encourageantes et porteuses d’espoir. La poursuite des prospections par les écoutes humaines collectives le long de nos routes permettra d’en apprendre plus sur les conditions permettant de maintenir ou favoriser le retour des cagous près de chez nous.

Participez ! Pour prendre part aux prochaines sessions d’écoutes collectives, suivez les annonces d’activités mensuelles ou le calendrier prévisionnel de la SCO (cliquez ici).

 

D.U.

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