Deux ornithologues en mission pour le Museum National d'Histoire Naturelle de Paris, ont parcouru la Grande Terre durant une quinzaine de jours. Messieurs Eric Pasquet et Jean-Claude
Thibault ont effectué une mission dans le cadre d'un programme de recherche sur les oiseaux du Pacifique. L'objectif était la capture d'espèces calédoniennes à l'aide de filets
afin d'effectuer des prélèvements (plumes, échantillons sanguins) et des mesures biométriques. Cette mission a notamment permis de capturer, mesurer et photographier le Merle des îles
Turdus poliocephalus xanthopus, une sous espèce endémique de Nouvelle-Calédonie dont il ne subsiste qu'une seule petite population sur le territoire, que personne ou presque n'avait
revu jusqu' ici depuis 30 ans ! Cet oiseau à large répartition en Australasie était d'après les articles des ornithologues du 19ème siècle autrefois abondant à travers tout le
territoire. On lui connaissait 3 sous espèces endémiques calédoniennes, une à Maré, une à Lifou et une sur la Grande Terre. Les deux premières n'ont pas été observées depuis des décennies et sont
malheureusement peut être aujourd'hui éteintes...avis néanmoins aux observateurs prêt à prospecter les îles Loyauté ! La dernière sous espèce ne subiste plus que sur une île du Nord du
territoire, où nous nous sommes rendus, avec un garde nature de Koumac Jurgend Whala- Windi, et Jean-Jérôme Cassan, du service environnement de la province Nord (Koné). L'espèce y
avait été retrouvée en 1978 par l'abbé et ornithologue René de Naurois, puis en 2005 par Julien Baudat-Franceschi pour la SCO. Les inventaires réalisés cette année par prospections à
la repasse (en utilisant un enregistrement de cris d'alarme de la même espèce fait en Nouvelle-Guinée) ont permis de déterminer que l'ultime population relictuelle de Nouvelle-Calédonie est
de l'ordre de trente couples. Une campagne de piégeage menée durant cette mission a montré que l'île est libre de Rat noir Rattus rattus, ce qui contribue très probablement à
expliquer pourquoi elle ne subsiste plus aujourd'hui qu'à cet endroit. La SCO, en partenariat avec la province Nord et avec l'appui scientifique du Museum, va dans le futur tâcher
d'oeuvrer au mieux à la sauvegarde de cet oiseau, avec les habitants de l'île. Ceux ci prénomment d'ailleurs l'espèce le "Dek-men" et témoignent pour beaucoup d'entre eux de son déclin sur
l'île du fait des feux de brousse incontrôlés...un autre facteur ayant probablement contribué à sa disparition de la Grande Terre et des Loyauté, en combinaison avec l'arrivée du Rat noir
Rattus rattus et du Chat Felis cattus. Cette sous espèce endémique du Merle des îles est un des oiseaux les plus rares et les plus menacés du territoire, sa dernière
population étant très petite et donc très vulnérable.
Merle des îles Turdus poliocephalus xanthopus (Nouvelle-Calédonie)
Photos : SCO / J. Baudat-Franceschi - Décembre 2009



Forêt littorale dense et lianescente, biotope du Merle des îles
Forêt secondarisée et dense, un autre biotope du Merle des îles
Séquence de repasse par JC Thibault et E Pasquet (MNHN)
L'avenir de cette espèce en Nouvelle Calédonie est entre les mains des habitants de la province Nord et leurs institutions. La SCO, avec l'appui scientifique du Museum, souhaite apporter
son expertise pour la mise en oeuvre de mesures de conservation favorisant cette espèce, en particulier pour minimiser les risques d'introduction du Rat noir Rattus rattus sur l'île
et poser les base de mesures de gestion ciblant le biotope des derniers couples reproducteurs connus. L'implication et l'accord des habitants et des autorités coutumières sont essentiels pour la
réussite future d'un tel travail.
